TEXTES/ PHOTOS
Commencer dans une presque insouciance, sans objectif précis, sans idée sur l’avenir, dans le plaisir immédiat, le plaisir uniquement, puis, très vite, prendre conscience qu’il s’agit d’autre chose
Au fil des années, la peinture devenue indispensable , vitale, n’offre pourtant ni la douceur ni le repos de l’abandon. De ce désordre fait de convictions écrasées, d’enthousiasmes démolis, d’envolées improbables, émerge l’image dont l’aboutissement tient parfois du miracle, les purs moments de grâce justifiant les embûches du chaotique sentier.
La toile finit alors par être ce que nous sommes: une superposition de strates entremêlées, effacées, reconstruites, occultées, ressurgies, assumées, rejetées, confuses parfois, vibrantes toujours.
Sylvie
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Surgi d’une rageuse fulgurance, le trait s’en va mourir, sans résistance, telle une étoile filante rendue au néant. La main reste un instant en suspens, comme hésitante puis, reproduit le geste, brisant de façon nette et tranchante la première trajectoire. Là commence le doute, la crainte du mauvais choix, mais aussi l’assurance qu’avancer sur le fil, quitte à tomber de haut, vaut mieux que la sclérosante et définitive immobilité.
Sylvie
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19 MARS 2009
La toile d’un rouge brique, couleur de sang coagulé, de toute sa hauteur, me fait face. Emerge alors la silhouette, haut perchée dans la composition, comme en lévitation. Dessous, le vide.
Puis apparaît le gris coloré d’ocre, couvrant peu à peu la première couche. Le rouge laissera toutefois quelques traces infimes. Visible ou pas, il est là de toute façon.
La rébellion ferait-elle place aux regrets?
Quelle pose pour le personnage ? De celle-ci, découlera le sens de l’histoire.
Brouiller la vision des choses, les enfouir sous le blanc dilué.
Impossible de continuer, pas maintenant, pas aujourd’hui.
Demain peut-être la toile sera t-elle d’un bleu d’azur ou d’encre, et l’homme, la femme, qui l’habite sans exister encore se sera détourné pour ne plus revenir.
Sylvie
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L INSTANT PREMIER
à propos de la peinture de Sylvie
“préparons nous à entendre l’espace crier.” Henri Michaux
Le désir de créer, la bataille, le combat.
C’est un monstre souriant, un marchand de lune.
Un homme, une femme, un être, une forme. Une ombre curieusement familière qui chaque jour au coin de notre rue nous envahit.
Notre rue est un univers à la fois dérangeant et familier, un continuum de trottoirs et de portes. Une avant scène, une expansion continue de mille vies cachées.
Ce monstre est comme une constellation communiquant avec le monde, pas notre monde biologique s’entend, notre monde imaginaire, notre monde intérieur.
Les images n’existent que par le cadrage, seul le hors champ est important, ce n’est pas la porte donnant sur la rue qui est importante, mais la vieille femme qui dans le noir, à l’abri de ses rideaux, observe le monstre souriant. La tristesse de sa vie, ses petites horreurs quotidiennes, sa détresse, sa solitude, son attente éperdue de la mort, tout cela est non seulement rejeté à l’arrière plan mais volontairement, totalement, coupé au montage.
Il s’agit de recomposer l’occulte, de mettre en vibration, créer une allègre folie, un passage. Comprendre ce que ce monstre souriant peut bien apporter au paysage de ce coin de rue.
C’est la fin de l’été, il fait plus froid qu’à l’ordinaire, l’éternité fugace s’étire comme une ombre sous le nuage qui se fait songe. Nous sommes des fragments, des histoires pensées par d’autres, des péripéties, des voix intérieures, des pensées muettes. Le nuage est un moment, le monstre souriant quelques lettres rouges en bas du tableau.
Je ne suis qu’un voyeur, un vampire aussi. Je me nourris de l’espace. Regarder ces toiles c’est entrouvrir la porte et s’en nourrir, nager dans un espace qui n’est pas le mien, me nourrir de couleurs…rentrer dans un esprit qui n’est pas le mien et n’y comprendre rien…ou si peu!
Je me vois approchant du monstre”Bonjour camarade, ne sommes-nous pas cousins?”
Il me faut lui dire combien il est monstrueux et combien j’aime son sourire. Lire dans ses yeux la nudité de mon âme, l’acceptation. La ville derrière moi et la plaine au devant. Et sentir dans ce sourire le bonheur d’être différent.
Comme un monstre souriant
Comme un marchand de lune
Comme un désir…
OLIVIER THIRION
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3Â MAIÂ 2009
Etre devant la toile couverte de couleurs sourdes masquant en partie les désastres de la veille, y ajouter le rouge éclatant, chercher le contraste, celui qui traduirait nos luttes intérieures, nos bouleversements, nos renversements intimes, se laisser emporter jusqu’à en oublier la composition, et se rendre à l’évidence:  rien ne se tient.
Quitter l’atelier la mort dans l’âme, rien avant-hier, rien hier, rien aujourd’hui, rien depuis trop longtemps. Et si rien demain? Si rien toujours?
Relire alors ces mots de Jacques Higelin, envoyés par Henri:
” Quand tu abordes l’écriture (ou la peinture) il y a toujours un moment où il te semble que la source est tarie, que tu es vide. En fait tu fais le vide. C’est une période très troublante de purgatoire, de purgation, de solitude et de silence. Et puis ça revient doucement. Tu es surpris”
Les relire et oser penser qu’il dit vrai
Sylvie
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RÉVÉLATIONS à l’atelier de Sylvie Thouron
Émerger de la nuit de l’ennui, du déficit des années perdues. Avoir vécu sans avoir vu ce qu’il fallait voir et arriver au croisement des hasards. Mais il n’y a pas de hasard. Seulement la longue litanie de l’écriture de nos vies.
Dans son atelier elle sort de leur berceau ses tableaux et énumère leur date de naissance. J’écoute et je regarde. Et je me souviens. L’exposition à Froville la Romane où mystères et mysticisme se rejoignaient sous les vitraux crucifiés dans une odeur d’encens et de chants grégoriens quand sous la bure et la cilice les doigts glacés des copistes enluminaient les évangéliaires durant des siècles d’hiver.
Ses peintures me regardaient, m’interrogeaient, moi le profane. J’assistais à ma conversion.
La révélation: toucher du doigt du regard un tableau et s’émouvoir.
Que voit son regard que je n’ai vu, que vous êtes seule à voir. Ne rien expliquer. Ressentir les impressions multiples de cette alchimie nouvelle. Une fragilité, une force, et dans la profondeur cette puissante attirance.
Quand le don se nourrit à l’énergie de l’imagination, cette maîtresse capricieuse et exigeante qui nous entraîne dans des mondes insoupçonnés, vous les restituez en pleine lumière.
Mais il a fallu partir. Réintégrer la réalité rugueuse en emportant le viatique des images de l’île aux trésors.
HENRI POTTIE
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Juin 2009
Ouverture d’atelier chez Laurent Anthunès, peintre, en compagnie d’Eric Birckel et Daniel Herbourg, sculpteurs
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VERNISSAGE A LA GALERIE ROSE POMPADOUR
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6Â NOVEMBRE 2009
La passerelle à franchir pour atteindre ce que nous entrevoyons sur l’autre rive, image comme idéale, pas tout à fait lisible, d’autant plus attirante qu’elle ne se donne qu’avec réticence, noyée dans un halo de lumière aux contours troubles et frémissants, image nous tenant dans l’ espoir insensé maintes et maintes fois déçu, se révèle périlleuse. Il y manque des morceaux. Le garde-fou branlant, les béances sur le vide sont autant de dangers, d’invitations au renoncement.
Pourtant le coeur palpitant, la sueur au front, la tentation de revenir en arrière ne suffisent pas à stopper celui qui veut y croire, toujours, chassant le doute, ce sentiment confus que peut-être il fait fausse route, une fois encore.
Au bout du compte ce qu’il nous faut comprendre et admettre, c’est que la passerelle et ses possibles bifurcations, ses pièges, les visibles et les insoupçonnables, ses clairières illusoires, ne prendra fin qu’avec nous- mêmes dans le monde du silence où plus rien n’existe.


















