Archive de novembre 2008
Exposition “histoire d’y voir” 2008
MUSÉE DES IVOIRES. COMMERCY. mai-septembre
C’est à lui que je pense, à l’anonyme, à ses mains, habiles et amoureuses, ses mains oubliées, dont le fruit du travail, des siècles après, est donné à voir derrière la vitrine du musée, à ceux qui veulent bien s’y pencher.
L’objet sculpté dans l’ivoire renferme quelque chose de l’histoire de cet homme depuis si longtemps disparu et quelque chose de toutes ces vies qu’au fil du temps il a traversées.
Ainsi exposé, il donnerait l’illusion d’une éternité. C’est en cela même qu’à l’opposé, il nous renvoie fatalement à l’inéluctable.
De cet insondable témoin émane force et fragilité. Lié à l’artiste qui l’a façonné, il en est l’énergie, l’âme, et le souffle figé à jamais.

Au delà de l’objet magnifiquement travaillé, au delà de la matière dont il est fait et sa destination usuelle première, sa forme provoque en moi, par des liens obscurs, une dérive de la pensée. Sans me soucier à priori, de la scène biblique relatée sur le peigne, ce qui me retient d’abord, c’est cet alignement de personnages enserrés aux pieds et à la tête par deux rangées de dents, l’aspect verticalement brutal et carcéral de la chose pourtant si délicate. De même pour la fourchette: le mousquetaire prisonnier du serti de métal, jambes à jamais liées à la fourche étirée.
Dans mes histoires, assimilé à l’homme, le personnage sculpté dans l’ivoire, s’évadant de sa cage de verre, ne peut néanmoins se défaire de toutes ses entraves. Il n’est qu’ illusoirement libéré de cette cage, pour être projeté dans d’autres cages, mais persiste, en vain peut-être, à en chercher l’ouverture.
Nous avons besoin d’une fenêtre sur un horizon, proche ou lointain, peu importe l’horizon, chacun possède le sien, factice même, s’il le faut.
assemblage de 16 toiles. 200/200cm
partie haute de l’assemblage
triptyque 150/50cm



























